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Après un coup raté, pourquoi le suivant devient-il parfois plus difficile ?

Chaussure de golf en cuir blanc et brun, fer posé à côté d’une motte de gazon arrachée.

Votre fer gratte le sol. La balle avance d’une trentaine de mètres. Vous ramassez un morceau de terre, remettez le club dans le sac et partez vers elle. En chemin, le diagnostic commence : vous vous êtes relevé. À moins que vous ayez accéléré. Ou pas assez tourné. Arrivé à la balle, vous disposez de trois explications et d’aucune certitude. Vous allez tout de même essayer d’en corriger deux. Pour un coup qui demandait déjà un peu de précision, cela fait du travail supplémentaire.

C’est ce moment qui m’intéresse. Le mauvais contact a bien eu lieu. Il faudra peut-être en comprendre la cause. Mais regardons ce qui vient de s’ajouter : vous préparez désormais votre prochain coup en surveillant un mouvement qui, dix minutes auparavant, se déroulait avec moins de commentaires.

Un geste appris peut devenir encombré

Au début de l’apprentissage, penser à la position des mains ou à l’organisation du mouvement est souvent utile. Vous avez besoin de repères. Avec la pratique, une partie de ces opérations s’enchaîne sans que vous ayez à la décrire intérieurement. On parle d’automatisation. Vous en faites l’expérience lorsque vous signez votre nom : vous savez le faire, mais raconter chaque mouvement du stylo serait assez laborieux. Cela ne rend pas votre signature infaillible. Cela vous épargne surtout de la reconstruire lettre après lettre.

Au golf, les expériences de Beilock et Carr sur le putting ont contribué à montrer qu’un geste bien appris peut devenir vulnérable lorsqu’on cherche à en surveiller consciemment le déroulement. Cette explication concerne particulièrement les habiletés déjà automatisées ; elle ne permet pas de dire à un débutant que toute attention technique serait nuisible. 1

Sur le parcours, le problème peut donc venir du changement de tâche que vous vous imposez. Vous aviez une balle à envoyer vers une zone. Vous devez maintenant le faire en vérifiant vos poignets, votre rotation et le moment où vos mains interviennent. Or ces éléments doivent se coordonner très vite. Une indication familière, travaillée avec votre enseignant, peut vous aider. Une enquête technique improvisée après chaque erreur risque davantage de vous embrouiller. La différence mérite d’être faite avant de conseiller à tout le monde de « lâcher prise », consigne assez peu détaillée lorsqu’on tient un club.

L’erreur peut aussi se prolonger dans le corps

Vous connaissez peut-être ce changement : le grip paraît plus dur, les épaules moins libres, le départ du geste moins évident. La contrariété a des manifestations corporelles, et ces sensations peuvent à leur tour vous inquiéter. « Je suis tendu, je vais encore rater. » Vous vérifiez davantage. Des expériences de putting sous pression ont effectivement mesuré des modifications de l’activité musculaire, du rythme cardiaque et du mouvement du club. Elles montrent que l’enjeu psychologique peut s’accompagner de changements physiques. Elles ne permettent pas de déduire, à partir d’un seul mauvais coup, ce qui s’est passé chez vous. 2

Une boucle peut alors s’installer. Vous doutez après l’erreur ; vous ajoutez du contrôle ; le geste vous paraît moins familier ; cette sensation renforce votre doute. Votre tentative pour retrouver le swing contribue peut-être à le rendre plus difficile à retrouver. Le mot « peut-être » compte. Un contact décentré, une mauvaise appréciation du terrain, de la fatigue ou un défaut technique peuvent aussi expliquer le coup. Je me méfie des explications qui attribuent tout au mental. Elles donnent vite au joueur une difficulté de plus : il joue mal et, en prime, il penserait mal.

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Vouloir réparer peut changer le coup choisi

La correction ne concerne pas seulement le mouvement. Elle peut aussi se glisser dans votre stratégie. La balle est sous les arbres. Une sortie latérale vous remettrait en jeu, mais vous venez de perdre un coup et vous avez envie de le récupérer tout de suite. L’ouverture vers le green devient intéressante. Elle existait déjà ; elle paraît maintenant valoir le risque. La question utile serait de savoir si vous tenteriez ce passage avec la même balle et les mêmes branches, quelques minutes plus tôt. Si la réponse est non, votre décision répond peut-être surtout à la contrariété du coup précédent.

Vous n’avez pas besoin d’être parfaitement serein pour le remarquer. Vous pouvez trouver cette sortie latérale franchement décevante et reconnaître qu’elle vous laisse une suite jouable. Le choix restera décevant pendant quelques secondes. C’est supportable, même avec des témoins.

Que change le retour aux appuis et à la routine ?

Après un coup raté, les repères de l’application gratuite JOUER JUSTE invitent à sentir ses appuis, reprendre sa préparation habituelle et jouer la situation qui se présente. Le geste est simple. Son intérêt mérite d’être compris.

Sentir brièvement le contact des pieds avec le sol vous donne une information présente, accessible. Regarder la balle, sa position et la zone disponible remet devant vous les éléments nécessaires à la décision. Ce déplacement de l’attention peut interrompre, au moins un instant, le commentaire sur le coup précédent. C’est une explication plausible de l’utilité de ce repère, pas une promesse de réinitialisation du cerveau.

La routine fournit ensuite un déroulement connu. Vous avez déjà choisi une cible, un club et une façon habituelle de vous installer. Les reprendre évite de devoir inventer une nouvelle méthode de jeu au moment où vous êtes contrarié. Cela peut tenir en peu de choses : constater où la balle a fini, regarder ce que cette position permet, retrouver vos appuis puis votre préparation habituelle.

La déception peut vous accompagner encore un moment. Vous pouvez jouer avec elle. Si le même défaut revient régulièrement, il y aura matière à travailler avec votre enseignant. Une observation précise lui sera plus utile que les six diagnostics posés entre le départ et le green.

Au prochain coup raté, regardez surtout ce que vous ajoutez au suivant. Une vérification ? Un changement de geste ? Un risque que vous n’auriez pas pris ? Vous aurez déjà quelque chose de concret à comprendre, même si la prochaine balle refuse encore de vous donner raison.

Références

  1. Beilock, S. L., & Carr, T. H. (2001). On the Fragility of Skilled Performance: What Governs Under Pressure? Journal of Experimental Psychology: General, 130(4), 701–725. https://doi.org/10.1037/0096-3445.130.4.701
  2. Cooke, A., Kavussanu, M., McIntyre, D., & Ring, C. (2010). Psychological, muscular and kinematic factors mediate performance under pressure. Psychophysiology, 47(6), 1109–1118. https://doi.org/10.1111/j.1469-8986.2010.01021.x

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